Réussir à changer la culture organisationnelle de l’OIQ ? Tout un défi !

Le  théorème du singe

Les professeurs de psychologie et de sociologie aiment présenter à leurs étudiants le  théorème du singe pour expliquer les limites et les problèmes associes à certaines  ”cultures d’entreprise”. Voici un extrait de l’article de Wikipedia qui traite de la question:

”Une vingtaine de chimpanzés sont isolés dans une pièce où est accrochée au plafond une banane, et seule une échelle permet d’y accéder. La pièce est également dotée d’un système qui permet de faire couler de l’eau glacée dans la chambre dès qu’un singe tente d’escalader l’échelle.Rapidement, les chimpanzés apprennent qu’ils ne doivent pas escalader l’échelle. Le système d’aspersion d’eau glacée est ensuite rendu inactif, mais les chimpanzés conservent l’expérience acquise et ne tentent pas d’approcher de l’échelle.

Un des singes est remplacé par un nouveau. Lorsque ce dernier tente d’attraper la banane en gravissant l’échelle, les autres singes l’agressent violemment et le repoussent. Lorsqu’un second chimpanzé est remplacé, lui aussi se fait agresser en tentant d’escalader l’échelle, y compris par le premier singe remplaçant. L’expérience est poursuivie jusqu’à ce que la totalité des premiers chimpanzés qui avaient effectivement eu à subir les douches froides soient tous remplacés. Pourtant, les singes ne tentent plus d’escalader l’échelle pour atteindre la banane. Et si l’un d’entre eux s’y essaye néanmoins, il est puni par les autres, sans savoir pourquoi cela est interdit et en n’ayant jamais subi de douche glacée.”

Pour changer une culture d’entreprise de cette nature ça prend absolument un esprit révolutionnaire qui n’a pas froid aux yeux, mais qui, en même temps, jouit d’un fort leadership auprès de tous ceux qui l’entourent, incluant ceux qui ne l’aiment pas. Il faut de plus qu’il procède très rapidement pour éviter de se faire retenir par tous les tenants du statu quo, tout en évitant de poser des gestes trop brusques afin de ne pas perdre l’estime et le soutien de ceux qui croient en lui. Bref, il s’agit d’un exercice d’équilibrisme assez délicat, merci !

Dans le cas particulier de l’OIQ, il y a certainement eu au cours de la dernière année des efforts pour changer la culture d’entreprise, mais ce qui a manqué était justement un leader qui, par l’exemple, avait le courage de démontrer que certaines façons de faire, dont certaines justifiables à une certaine époque (mais certainement pas toutes), n’avaient plus de raison d’être et étaient même nuisibles, pour l’organisation, pour le public et pour les membres. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les nouveaux administrateurs élus en 2014 et 2015 , pourtant pleins de bonne volonté, ont juste pu faire passer l’esprit de l’organisation de ”on n’a que faire de votre opinion” (voir le billet Vous vous moquez de qui au juste ?, écrit en décembre 2013) à ”on voudrait bien, mais on ne peut rien faire” (voir le compte rendu de la dernière assemblée). Or ce qu’il faut est de se rendre à : ”Choisissons tous ensemble nos objectifs pour la profession et travaillons tous ensemble pour les atteindre, et pour cela ça prend un leader très fort aux commandes.

Le président actuel, Jean-François Proulx, le leader tant attendu ?

Il est certainement trop tôt pour le dire à moins d’un mois après son élection, mais il y a deux signaux qui sont de bon augure :

a) ll ne s’est pas laissé ligoter par les tenants du statu quo sur la question explosive des diplômés en génie non membres de l’OIQ chez Bombardier (voir l’article ”L’Ordre des ingénieurs du Québec suspend sa poursuite judiciaire contre Bombardier” de Julie Marceau dans le site de Radio-Canada paru le 17 septembre 2015 et mon billet d’aout 2014 ”Répression de la pratique illégale chez Bombardier: l’OIQ s’y prend mal”), et ce, même si cela implique que certains joueurs à l’interne qui avaient commencé une guerre aussi stupide qu’impossible à gagner, perdent carrément la face. Le bon sens a prévalu et ce dossier sera vraisemblablement réglé par la négociation plutôt que par le recours aux tribunaux.

b) Il lance un sondage pour avoir l’heure juste sur l’opinion des ingénieurs, mais aussi du grand public, sur la transformation nécessaire de l’organisation. En elle même celle ci n’est pas nécessairement un grande nouvelle, sauf que cette fois-ci la résolution 4 de l’Assemblée générale extraordinaire de mai 2014 et la demande de l’Office des professions du Québec de rétablir la confiance du public en notre profession figurent sur un pied d’égalité. Encore mieux, de la façon dont c’est écrit, on ne peut qu’être d’accord.

Monsieur le président. ne ralentissez surtout pas !

La liste des dossiers à traiter rapidement est longue, d’autant plus que leur avancement au cours de la dernière année a été péniblement lent. On peut notamment penser au dossier de l’assurance médicaments, au dossier de l’assurance responsabilité professionnelle, au dossier de la pratique en société et j’en passe.

Aujourd’hui il ne reste que sept (7) mois avant le début de la campagne électorale pour l’élection du prochain président, raison de plus pour agir vite et bien. Or, après ses derniers gestes et suite aux réactions qui ont ou lieu (ou plutôt n’ont pas eu lieu) après son élection, Jean-Francois Proulx a desormais toute la légitimité nécessaire pour accélérer le rythme des reformes.

Le moment est magique car tout nouveau président jouit d’une lune de miel auprès de ses commettants au cours des trois premiers mois après son élection. Par contre, toute hésitation pourrait être fatale pour le processus car les ”singes” dans l’entourage ne demandent pas mieux que d’attraper et empêcher d’avancer celui qui viole la ”culture d’entreprise” ambiante !