Quelle partie du “NON” vous ne comprenez pas?

Le titre du communiqué de l’OIQ L’Ordre entend le message de mécontentement livré par ses membres, émis au lendemain de l’assemblée semblerait indiquer que les gros bonnets ont accepté le verdict démocratique des membres dans la salle.

Cependant le corps du texte indique tout le contraire (les soulignés et les textes entre parenthèses sont les miens). Analysons :

Dans le contexte actuel, la majorité des membres est choquée par les agissements d’une minorité et a l’impression d’avoir à payer pour les agissements de celle-ci. Voilà le message livré par les quelque 315 membres présents à l’Assemblée générale qui avait lieu hier soir le 13 juin à Lévis. La mise à niveau proposée par l’Ordre pour l’année financière 2014-2015 afin de répondre à la crise de confiance que traverse la profession a été rejetée par les membres présents. Le Conseil d’administration de l’Ordre va donc se réunir prochainement afin d’évaluer la situation et différents scénarios pour la suite des choses (nous sommes en mode panique, nous n’avions pas prévu que le vote sur l’augmentation n’allait pas passer). L’Ordre maintient son engagement pour l’année courante (nous allons continuer à dépenser comme si rien n’était) et entend ainsi intensifier le contrôle disciplinaire (et par la même occasion grossir aussi les dépenses dans de nombreux postes budgétaires qui n’ont rien à voir avec la protection du public). Il verra ultérieurement à en assurer le financement pour les années à venir (nous allons revenir à la charge).

Engagement maintenu

Le Conseil d’administration est convaincu que l’Ordre peut et doit jouer un rôle actif pour résorber cette crise de confiance non seulement à l’endroit de la profession, mais également des institutions publiques. L’Ordre entend poursuivre son travail d’encadrement disciplinaire et les comportements fautifs seront sanctionnés. Les ingénieurs veulent mériter la confiance du public et pour ce faire le processus disciplinaire en cours devra être intensifié. Les activités courantes de l’Ordre ne sont pas compromises. (nous savons que nous en allons contre un mur, mais nous avons d’autres tours dans notre sac)

Il est donc clair qu’il n’est pas du tout question de contrôler les dépenses, tel qu’exigé par nombreux membres qui ont parlé au micro, ainsi que par les principes élémentaires de bonne gouvernance: Les scénarios se limiteront à déterminer comment augmenter les revenus, problème d’autant plus aigu que le nombre de membres baisse rapidement.

Étant donné que générer des revenus significatifs en imposant des amendes aux ingénieurs fautifs est un leurre, les montants des amendes étant très faible en raison des dispositions du Code des professions, et que les grandes firmes de génie-conseil n’accepteront jamais de payer à l’OIQ des amendes dans le cadre d’un programme de certification volontaire; en les connaissant, j’entrevois quelques scénarios possibles:

  • Convoquer d’ici deux ou trois mois une assemblée générale spéciale pour augmenter la cotisation d’un montant peut être légèrement inférieur (70$ ou 80$) en prétextant encore une fois l’urgence de la situation. Bien évidemment, ils n’hésiteront pas à dépenser des fortunes en publicité pour essayer de nous convaincre, avec notre argent, du bien-fondé de leur demande.
  • Essayer d’utiliser l’article 85.1 du Code des professions pour imposer une augmentation sans tenir de vote. Les procédures légales ne sont pas évidentes à mettre en place d’autant plus que cela requiert une certaine collaboration de l’Office des professions, mais ça a l’avantage pour eux d’être certains d’éviter la possibilité d’une autre défaite publique.
  • Introduire des permis sectoriels additionnels, en sus du permis de pratique régulier, comme un permis pour exercer en pratique privée, comme en Ontario. L’inconvénient d’une telle approche est que cela demande la préparation et l’approbation par l’Office d’un règlement, ce qui peut difficilement se faire en moins de deux ans. De plus, l’AICQ, qui a un fort pouvoir de lobbying en la matière, serait presque certainement contre.

Continuons:

Mise à niveau (quelle belle image pour faire allusion à une augmentation de 32%)

Pour que la situation actuelle ne se reproduise plus, l’Ordre doit s’outiller pour l’avenir (effectivement il serait peut être temps de dépenser plus d’argent pour augmenter le budget du bureau du syndic, qui représente 11.2% des dépenses totales en 2013 et dépenser moins pour les communications et la promotion, soit 17.7% des dépenses totales en 2013, et pour “administrer”, soit 35.2% des dépenses totales en 2013). La hausse proposée de 100 $ se répartissait ainsi :

60 % visait à contrer la baisse importante du nombre de membres. Cette diminution s’explique par des raisons démographiques (non, désolé, le nombre de sortants des facultés de génie n’a pas baissé d’un coup de 60%. Je n’ai pas les chiffres mais cela me parait invraisemblable) et par l’entrée en vigueur du Règlement sur la formation continue (Ça c’est vrai. Mais à quoi s’attendaient-ils lorsqu’ils ont mis en place le règlement sans s’assurer qu’il y avait une offre raisonnable de cours à prix abordable pour l’ingénieur moyen?) La fin du premier cycle de formation obligatoire correspond au retrait d’un nombre significatif de membres du tableau de l’Ordre.

– Quelque 15 % aurait servi à financer l’indexation des dépenses opérationnelles.(Wow…moi aussi j’aimerais m’octroyer une belle augmentation de salaire ou de jetons de présence de 15 % lorsque l’inflation est de 2%!)

– Un 25 % aurait servi à financer l’engagement de l’Ordre envers le public qui vise à :

  • déployer des moyens supplémentaires pour mieux protéger le public; (allez y fort…avec les économies que vous ferez en coupant les budgets qui n’ont rien à voir avec la protection du public, vous pourrez en faire!)
  • identifier et proposer des solutions concrètes pour sortir de la crise et mettre en place des solutions durables;(Ça c’est du charabia. Lorsque vous aurez une idée claire de ce que vous voulez faire soumettez-le à l’assemblée générale)
  • et, finalement, à communiquer davantage et gérer la situation de manière transparente.(et voilà, dire que l’on fait quelque chose est bien plus important que de le faire dans la réalité. Il n’y a que regarder les budgets pour comprendre quelles sont les vraies priorités. Et puis, pourquoi donc gérer la situation de façon transparente couterait plus cher que la gérer de façon non-transparente? En fait, c’est plutôt l’inverse qui est vrai)

Le message est clair: Nous allons revenir à la charge pour augmenter les revenus, car nous n’entendons nullement faire le moindre effort pour arrêter l’hémorragie du membership. De plus nous voulons augmenter les salaires et les jetons de présence, et nous voulons encore embaucher des employés pour réaliser toutes sortes de nouvelles activités que nous jugeons utiles pour protéger le public (mais que le public n’a nullement demandé, comme davantage de communication…).

La spirale infernale qui découle de l’introduction continuelle de contraintes additionnelles pour les membres et de l’augmentation de la cotisation pour générer davantage de revenus pour l’organisation, qui entrainent à chaque fois une forte diminution du nombre de membres, ce qui stimule encore l’appétit pour davantage de techniques pour aller chercher de l’argent, n’est pas à la veille d’être brisée! Si ça continue, d’ici cinq ans, il ne restera que les ingénieurs civils qui demeureront membres de l’OIQ!

Enfin:

Autofinancement des audits

Cet engagement comporte plusieurs actions dont, notamment, le Programme d’audit des firmes de génie-conseil qui est déjà en cours et qui se poursuivra, attendu qu’il s’autofinancera (c’est drôle, mais en assemblée générale j’ai clairement entendu que le programme s’autofinancerait à terme, détail qui semble avoir été oublié dans ce communiqué…à terme ça veut dire quoi? un an, deux ans, cinq ans, dix ans, aux calendes grecques?) Près de 13 000 membres de l’Ordre ont participé à un sondage éclair la semaine dernière et 86 % se sont dits favorables au Programme d’audit des firmes de génie-conseil.

Conclusion

Il faut rester vigilants, car pour ceux qui gèrent l’Ordre présentement ce n’est que partie remise: Les enjeux pour eux sont tout simplement trop importants:

  • Les patrons des firmes de génie-conseil sur la sellette à la Commission Charbonneau veulent vraisemblablement que ce soit l’OIQ qui leur délivre des certificats de conformité sur une base volontaire, plutôt qu’une structure bien plus contraignante qui serait vraisemblablement mise sur pied suite aux recommandations de la Commission Charbonneau, sur laquelle ils auraient bien évidemment beaucoup moins de prise.
  • Ces mêmes patrons ont hâte que le processus de réhabilitation commence au plus vite. Or, la Commission prend visiblement son temps. Il est évident que le plus ce spectacle médiatique dure, et le plus des patrons défilent au petit écran, le plus leur réputation en prend un coup. L’avantage pour eux de mettre en branle le programme de certification volontaire de l’OIQ est donc aussi d’occuper de l’espace médiatique pour dire que le problème est réglé, même si la Commission poursuit ses travaux.
  • Il est évident que la direction actuelle de l’OIQ a lancé trop de projets sans lien avec la mission établie par le législateur, a embauché trop d’employés et a promis trop de choses à l’interne pour pouvoir reculer maintenant. A titre d’exemple, en 2003 il y avait environ 90 employés et contractuels, tandis qu’aujourd’hui il y en a environ 165, pendant que les membres passaient juste de 46,000 à 60,000. La Commission Charbonneau est arrivée au bon moment pour fournir des excuses pour inventer de nouvelles activités et augmenter encore la taille de l’empire. En organisant l’assemblée générale loin de Montréal un jeudi soir elle était convaincue que l’augmentation de 32% allait passer sans problème. Elle n’avait pas de Plan B et elle est aujourd’hui dans l’eau chaude.