Faut-il dissoudre le peuple?

Le président de l’OIQ, M. Daniel Lebel a affirmé en entrevue à Radio-X à Québec (à partir de la minute 9:45) que les membres lors de l’assemblée générale du 13 juin auraient voté contre la proposition d’augmentation de 32% de la cotisation parce qu’ils “auraient confondu plusieurs choses” et “auraient compris” que l’augmentation de cotisation aurait servi à financer le programme de certification des firmes, alors qu’il “s’autofinancerait“. Personnellement, je doute que qui que ce soit dans la salle ait confondu ou mal compris quoi que ce soit, d’autant plus que M. Lebel s’est fait un devoir de répondre à presque chaque intervention critique des membres sur le programme. Or, il était clair que le programme “s’autofinancerait à terme”. Visiblement, pour les membres accepter que pendant une période indéterminée le programme aurait pu être déficitaire, et donc financé par les membres et non pas par les firmes, était une proposition inacceptable!

M. Lebel a aussi affirmé que les membres “n’auraient pas tout à fait saisi” que la chute de 10% du membership (et peut-être plus) en deux ans serait due à trois facteurs: La crise de confiance envers la profession, la formation obligatoire et les départs à la retraite. Mmmm…le premier facteur et le dernier ne me paraissent pas très crédibles. Pour ce qui est de la formation obligatoire les membres qui sont intervenus l’on dit très clairement. Le vrai problème est le coût des formations et non pas la formation elle même.

Il me semble que toute l’idée de tenir ce discours est faire croire  aux ingénieurs que la direction qu’ils ont prise est immuable et inévitable, de sorte que les seuls choix qui s’offriraient aux ingénieurs seraient de s’écraser ou partir. En d’autres mots, comme disait Bertold Brecht : « Puisque le peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple. »

Cela étant dit, moi je vois très positivement ce qui s’est passé à cette assemblée générale: La forte participation dans les circonstances prouve que bon nombre d’ingénieurs ne veulent pas  abandonner leur Ordre professionnel, mais ont plutôt décidé de forcer un changement des orientations des organismes qui nous regroupent et qui ont manifestement très mal géré cette crise. Elle démontre aussi une forte volonté d’agir pour changer la perception que la population générale a de nous, notamment en se dissociant des gestes malencontreux posés par certains patrons de firmes de génie-conseil.

Ça fait chaud au cœur, car ça dément l’image que bien des gens se font de nous, les ingénieurs, à l’effet que nous sommes renfermés sur nous mêmes, que nous sommes des tenants du “chacun pour soi” et que nous sommes tous un peu “nerds”. Ça dément aussi l’image que beaucoup de gens se sont fait plus récemment sur nous à l’effet que nous n’avons pas de morale, que nous sommes avides d’argent, voire même tricheurs. En fait, comme catégorie socioprofessionnelle nous nous éloignons beaucoup moins de la population générale qu’on ne le croit, à quelques différences prés:

1) Notre formation nous prépare à comprendre toutes sortes de problématiques et à nous adapter à beaucoup de situations. Par exemple, j’ai vu plein d’ingénieurs qui sont devenus avocats ensuite, mais presque aucun avocat qui est devenu ingénieur par la suite.

2) Notre esprit scientifique et notre capacité de faire des analyses logiques et des calculs mentaux rapides nous rend particulièrement réfractaires aux balivernes, sophismes et autres manipulations.

3) Notre esprit de corps nous rend plus tolérants vis-à-vis de nos dirigeants, que nous tendons à pardonner, même lorsque nous savons parfaitement que ce qu’ils font est difficilement défendable.

Pour ce qui est du troisième point cependant, le point de rupture a désormais été atteint et dépassé: Assumer nos responsabilités est une chose, assumer celles de quelques individus qui n’ont pas respecté ni les lois, ni leur code de déontologie, en est tout une autre. Maintenant le temps est venu de se baser sur cette prise de conscience pour rebâtir notre réputation et ramener au réalisme ceux qui parlent et agissent en notre nom sur la place publique!