Les dirigeants des grandes firmes de génie-conseil et leur(s) association(s)

Ajout en date du 17 mars 2014

Depuis le 20 septembre 2013, date à laquelle j’avais écrit ce billet, un certain ménage a été fait au sommet de certaines firmes, mais aujourd’hui certains dirigeants de certaines grandes firmes qui ont posé des gestes qui seraient punissables mais qui n’ont pas (encore) été sanctionnés, il en reste possiblement encore beaucoup en poste, et je me doute que ceux là n’ont aucune intention de se laisser faire…

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Déjà en 2005 il y avait des signes concrets que tout ne roulait pas rond dans le monde des firmes de génie-conseil.

Cependant, ce n’est qu’en 2010 qu’une véritable prise de conscience auprès du public a eu lieu, notamment suite à des révélations dans les médias plutôt accablantes. Les dirigeants des firmes de génie-conseil à cette époque ont choisi de s’enfermer dans le mutisme et d’envoyer au front leur association, l’Association des ingénieurs conseil du Québec (AICQ), dont la mission est de: Promouvoir et représenter les intérêts du génie-conseil auprès des pouvoirs publics, des donneurs d’ouvrage et du public en général.

L’AICQ, dont le budget annuel est d’environ 1.2 M$, investi en grande partie, directement ou indirectement, en lobbying et relations publiques, n’avait jamais vécu une telle crise par le passé, et était visiblement mal outillée pour y faire face. Le président du conseil actuel, M. Marc Tremblay, l’a d’ailleurs indirectement admis dans son texte dans le rapport annuel 2012, en affirmant: Au fil des mois, les soubresauts de l’actualité ont obligé l’Association, à plus d’une reprise, à ajuster son discours et à revoir son plan d’action. Entre autres, des évènements majeurs comme le Rendez-vous du Nouvel An, le Tournoi de golf au bénéfice de la relève et même les Grands Prix du génie-conseil québécois ont dû être annulés ou repensés. En d’autres mots, l’organisme a changé de stratégie à plusieurs reprises au cours de la crise.

En fait, la première ligne tenue par l’AICQ en a été une de déni, à l’effet d’essayer de discréditer les allégations de collusion et corruption, ainsi que ceux qui apportaient des faits et des preuves. Cette position, au fur et à mesure que les révélations se multipliaient et que les pressions pour la création d’une commission d’enquête devenant de plus en plus fortes, devenait intenable. Alors, lors de la création de la commission Charbonneau, le discours de l’AICQ a changé. Dans son communiqué, au delà des phrases de circonstance, on remarquait l’affirmation suivante: L’AICQ déplore que l’évolution du dossier, au cours des derniers mois, ait eu pour effet de générer des sentiments négatifs et malsains envers l’ensemble des acteurs de l’industrie, sans distinction, alors que seuls les responsables de ces actes, s’ils sont démontrés, devraient être visés. La formule du huis clos est un élément intéressant à cet égard, tant sur le plan de la protection des réputations que sur celui de l’incitation à témoigner. 

Par ailleurs, au cours de la même période, l’AICQ a aussi dû renoncer à la ligne qu’elle avait tenu pendant des années, à l’effet que c’était normal pour des employés des firmes de génie conseil de rencontrer des politiciens et des fonctionnaires dans le cadre du développement d’affaires, sans que cela soit considéré du lobbyisme. Suite aux pression du commissaire au lobbyisme, Me Casgrain, elle encore dû changer son fusil d’épaule. Il est très instructif de lire comment ce qu’elle a affirmé lorsque ce virage a été effectué: Entre autres, la notion de « partie importante » des activités d’un lobbyiste, de même que les nombreuses exclusions, dont les représentations faites dans un but de développement d’affaires, laissent place à des interprétations plus ou moins restrictives de la loi. Devant les difficultés d’application évidentes pour l’ensemble des professionnels, l’Association des ingénieurs-conseils du Québec croit que la loi doit être révisée afin de clarifier sa portée et son application, comme le réclament d’ailleurs l’Association québécoise des lobbyistes et le commissaire au lobbyisme lui-même, qui propose l’adoption d’une nouvelle loi et qui a récemment déposé à l’Assemblée nationale un rapport comportant 105 recommandations à cet effet.

Aujourd’hui l’AICQ et plusieurs firmes de génie-conseil n’ont pas eu d’autre choix que de s’inscrire au registre des lobbyistes. Fait curieux, Madame Desrochers, présidente de l’AICQ qui n’est pas ingénieure elle-même, et qui a cité l’Association Québécoises des Lobbyistes (AQL) dans son communiqué, fait  partie depuis octobre 2012 du conseil d’administration de ce même organisme. Fait plus curieux encore, le président actuel du conseil de l’AQL, M. Etienne Couture, n’est nul autre que…l’actuel président du Réseau des ingénieurs du Québec (en date du 20 septembre 2013) c’est à dire l’organisation qui défend supposément les intérêts des ingénieurs ordinaires. Cette dernière personne est d’ailleurs aussi fortement impliquée au parti libéral fédéral comme président de l’association de comté de Brome-Missisiquoi. 

Le coup de massue pour l’AICQ est cependant arrivé il y a quelque jours, lorsqu’il est ressorti que la collusion à Québec était organisée lors de réunions de l’AICQ. Le communiquè émis suite à ces révélations par l’organisation a, selon moi, diminué ultérieurement, si la chose est possible, la crédibilité de l’AICQ. Dans ces conditions, comme mentionné dans un billet précédent, les  firmes sont désormais obligées de se défendre elles-mêmes sur la place publique:  c’est du « chacun pour soi », avec tous les risques de se contredire ultérieurement que cela implique.

Filous tous ces personnages? Au lecteur d’en juger. Une chose est certaine cependant: Ils nous ont pris pour des naïfs!

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