Les ingénieurs : boucs émissaires parfaits?

À ce que l’on entend les enquêtes de l’UPAC sont encore à mille lieues d’être terminées et la commission Charbonneau est à des années d’avoir terminé ses travaux. Cependant, plein de lobbyistes lancent des ballons d’essais dans les médias pour essayer de faire en sorte que leurs mandataires en sortent gagnants, ou du moins pas trop amochés, de ce grand exercice de remise en question de toute la société québécoise.

Alors qu’ils est évident que le problème en est un qui est politique, et qui découle principalement de l’alliance secrète entre affairistes rapaces, politiciens vendus et mafieux de toutes sortes,  ces lobbys essaient de braquer tous les réflecteurs sur un seul arbre, afin que la population ne voit pas la foret. En l’occurrence, cet arbre s’appelle « les ingénieurs » sans autre qualificatif.

S’il est vrai que quelques ingénieurs-affairistes ont trempé dans la collusion et la corruption, essayer de faire porter la responsabilité à tous les ingénieurs en général est non seulement simpliste, mais aussi intellectuellement malhonnête, et cela pour plusieurs raisons :

  • La grande majorité des ingénieurs est d’abord et avant tout composée de payeurs de taxes qui ne travaillent pas pour des entrepreneurs, des firmes de génie-conseil ou des villes dans le domaine de la construction. Ils sont donc autant victimes des stratagèmes exposés par la Commission Charbonneau que n’importe quel autre citoyen, ni plus ni moins.
  • Même entre ceux qui travaillent pour des entrepreneurs, des firmes de génie-conseil ou des villes dans le domaine de la construction, il n’y en avait qu’une toute petite minorité qui agissaient de façon malhonnête ou non-éthique. Par ailleurs, déjà à la fin de l’année 2009 la plupart des ingénieurs, et plus particulièrement ceux œuvrant en génie civil, étaient très conscients du problème et souhaitaient  la création d’une commission d’enquête, comme le démontre le sondage réalisé à l’époque à mon initiative et sous ma supervision. Ce fut d’ailleurs le premier geste que j’ai posé lorsque j’ai accepté le poste de directeur général du ReseauIQ.
  • Même s’ils avaient le titre d’ingénieur, les affairistes-ingénieurs qui participaient et entretenaient la corruption n’accomplissaient pas une fonction technique au sein de leur entreprise, mais plutôt une fonction de direction (patrons) ou de vente (pudiquement rebaptisée « développement d’affaires »). Il ne faut pas oublier non plus qu’entre les petits patrons de firmes de génie-conseil, il y en a aussi qui se sont refusés de jouer le jeu, ce qui leur a couté très cher, et est d’autant plus vertueux dans une telle situation.
  • Il est évident que tous les affairistes-ingénieurs doivent être sévèrement punis et mis hors d’état  de nuire. Par contre, il ne faut pas s’en arrêter là! Pour exiger et recevoir de l‘argent sale, créer des systèmes de double comptabilité et pour écrire des contrats bidons, il me semble que des membres d’autres catégories socioprofessionnelles ont du être impliqués, et notamment, et non-exclusivement, des politiciens, des comptables et des avocats. Or, en ce qui a trait à toutes ces catégories,  il me semble que peu d’individus  risquent présentement de payer un prix conséquent, et en tous cas comparable à celui que les ingénieurs paient présentement collectivement. La seule exception est peut-être l’ancien maire de Laval, Gilles Vaillancourt, qui a visiblement trop tiré la corde, même de l’avis de ses propres acolytes!

Alors qui sont ceux qui véhiculent sournoisement le message que tous les ingénieurs sont moralement coupables? Il y en a  deux catégories : Les filous et les naïfs