Le “printemps des ingénieurs”?

Au cours des derniers mois, plusieurs personnes ont utilisé l’expression “printemps des ingénieurs” pour caractériser les changements qui ont présentement lieu à l’OIQ. Il est effectivement indéniable qu’aujourd’hui, suite à des années où à l’OIQ:

  • les défaillances s’accumulaient, ne sévissant pas contre des individus à la morale élastique qui abusaient du titre d’ingénieur, tout en sévissant contre des bons ingenieurs qui ne brassaient pas des grosses affaires et qui n’avaient pas des contacts en haut lieu,
  • le conseil d’administration abdiquait ses pouvoirs, face à une bureaucratie et un comité exécutif de plus en plus agressifs et arrogants,
  • la mauvaise gestion au niveau médiatique, ainsi qu’au au niveau financier, devenait de plus en plus évidente, aboutissant en décembre 2013 à l’imposition d’une cotisation extraordinaire contre la volonté clairement manifestée par les membres en juin 2013.

Un vent de contestation, d’abord petit, presque insignifiant, et puis de plus en plus gros, s’est levé jusqu’au point où une remise en question est devenue inévitable. La popularité du groupe Linkedin “débat ingénieurs et scientifiques” et de ce site, le succès du Groupe pour remettre de l’Ordre à l’ordre (GROLO) aux élections aux postes d’administrateur de l’OIQ de cette année, l’adoption de toutes les résolutions lors de l’AGE du 6 mai 2014, l’atmosphère lors de l’AGA du 12 juin, ont fait que la situation est radicalement différente par rapport à il y a quelques mois.

Malheureusement, il y en a aussi quelques milliers qui ont décidé de “voter avec leurs pieds” en quittant leur membership et donc leur titre, mais il y en a eu probablement moins que si le vent de contestation n’avait pas été là pour entretenir l’espoir de changement.

Face à ces évènements, l’establishment a d’abord réagi avec dédain, en essayant d’abord  d’ignorer le phénomène, puis de le minimiser (les 540 signataires de la demande d’AGE ont été identifiés comme “certains ingénieurs“), et enfin de le combattre par la force brute en attaquant en justice la figure de proue du mouvement GROLO avec les ressources de l’organisation.

Rien de tout ça n’a fonctionné, et le mouvement de contestation a continué à prendre de l’envergure. Aujourd’hui, aucun membre de l’ancien comité extinctif n’est plus en poste, bien que , le directeur général, lui aussi visé par la résolution 7 de l’AGE, l’est toujours. Plusieurs administrateurs favorables au changement sont entrés au conseil lors des dernières élections.

Il y a aussi d’autres signes qui ne mentent pas: Sous la pression, le discours officiel a quelque peu changé, et le fait que l’immense majorité des ingenieurs est honnête est maintenant mis en relief. Par ailleurs, il n’y a plus de réelle censure dans le groupe de discussion Linkedin de l’OIQ, ce qui fait que les interventions sont davantage intéressantes et suivies.

Cependant, la bureaucratie demeure encore intacte et l’ancien président et l’ancienne vice-présidente en titre demeurent dans le conseil. De plus, aucune déclaration à l’effet que les dépenses seront reprise en main n’a été émise, aucun suivi officiel ou officieux ne semble avoir été fait pour les sept (7) résolutions de l’AGE, et les poursuites politiquement motivées sont toujours en cours. Enfin, il est clair que la “vieille garde” lance des messages d’appel à l’aide aux “autorités supérieures“, en l’occurrence l’Office des professions et le gouvernement, pour leur demander d’intervenir pour “normaliser” la situation.

Par conséquent, pour poétique qu’elle soit, l’expression “printemps des ingénieurs” ne me plait pas.  Nous savons tous comment s’est terminé le printemps de Prague, ainsi que plus récemment le “printemps arabe”, notamment en Égypte: après une grande kermesse, le système se perpétue plus fort que jamais.

La comparaison que je préfère, et de loin, est celle avec un autre évènement historique: la chute du mur de Berlin. Le hasard veut qu en juin 1989, j’ai traversé la frontière entre Berlin est et Berlin ouest : J’étais avec un ami qui m’a demandé combien de temps selon moi le régime aurait encore pu tenir en place. En considerant les ouvertures de Gorbatchov (glasnost et pérestroïka), le fait que les dissidents réussissaient désormais a se faire entendre, ainsi que l’exode déjà commencé de citoyens est-allemands vers l’Allemagne de l’ouest par la Hongrie et l’Autriche, j’avais répondu que selon moi ça aurait pris encore dix ans. Lui était plus optimiste, et selon lui en cinq ans le régime serait tombé.

Nous avions tous les deux tort.

Le 9 novembre 1989, cinq mois après cet épisode et 28 ans après l’érection du mur, une foule de quelques dizaines de milliers de personnes se présenta aux postes frontières et traversa de l’autre cote, pacifiquement sans qu’un seul coup de feu ne soit tiré. Les soldats soviétiques, pourtant très nombreux sur le territoire de l’ex République Démocratique Allemande (RDA) restèrent sagement dans leurs casernes, et l’homme fort du régime, Erich Honecker, lui, fut déchu et, après quelques péripéties aboutissa au Chili…où Augusto Pinochet était encore chef des forces armées !