La nouvelle batonnière du Barreau du Québec victime d’un coup monté?

On vient d’apprendre que le Barreau du Québec vient de suspendre sa présidente, Lu Chang Khuong, légitimement élue avec 63% du vote des avocats il y a moins d’un mois. La raison officielle est qu’elle aurait fait l’objet d’une plainte à la police, non judiciarisée, pour vol de vêtements, mais la principale intéressée a fourni des explications convaincantes. C’est drôle, mais en connaissant la nature du système et surtout des joueurs qui tirent les ficelles en arrière, cette histoire me parait très bizarre.

Des interrogations qui méritent réponse

Suite à cet évènement pour le moins surprenant il est légitime de se poser les questions suivantes:

  • Comment ça se fait que cet évènement qui normalement n’est pas de nature publique, puisqu’il n’est pas judiciarisé, ait été étalé dans les médias.
  • Est-ce que les administrateurs du Barreau auraient entendu parler de cette histoire si le programme électoral de Madame Khoung avait été moins ”révolutionnaire” ? Me Khuong a notamment proposé un accès accru à la justice ainsi qu’une réduction de la cotisation annuelle et de la cotisation d’assurance du Barreau.

Deux poids et deux mesures ?

Il est certain que certains grands ordres semblent faire preuve d’une très grande sévérité envers certaines individus, tout en démontrant un laxisme désarmant envers d’autres personnes, comme cela a été le cas pour deux anciens présidents de l’Ordre des ingénieurs, Maud Cohen et Stéphane Bilodeau.

Je ne sais absolument rien sur le cas spécifique de Mme Khoung, mais je serais vraiment curieux d’en apprendre plus sur les questions suivantes :

  • Qui a présenté l’information au conseil d’administration du Barreau ? Est-ce que des ”avis d’experts” payés par le Barreau, par des grosses firmes ou par ses ennemis déclares ont été produits pour l’accabler ? (Celle-ci est une technique bien connue pour influencer un vote. Voir les derniers paragraphes du billet ”La confiance ça se mérite”)
  • Est-ce que Madame Khoung a eu droit à une défense pleine et entière, et non pas juste à des ”observations” présentées pendant quelques minutes, à l’intérieur d’un procès auquel elle n’a pas eu le droit d’assister ?
  • Est-ce que les administrateurs du Barreau ont subi des pressions directes et indirectes de la part de l’Office des Professions ?
  • Est-ce que les administrateurs du Barreau ont subi des pressions directes ou indirectes de la part de l’entourage de Jean Charest, avec qui le conjoint de M. Khoung, M. Bellemare, a eu un long litige devant les tribunaux civils ?

Si la réponse à toutes ces questions est non, je veux bien croire que le vote des administrateurs est légitime, sinon c’est la volonté des avocats qui ont voté majoritairement en sa faveur de sa candidature qui devrait s’appliquer, d’autant plus que Mme Khoung n’a pas de casier judiciaire.