La confiance ça se mérite !

Le 22 et le 23 mai 2015 aura lieu un évènement appelé Sommet International de la confiance dans les organisations,  organisé par l’Institut de la confiance dans les organisations, dirigée par un certain Donald Riendeau.

La première chose qu’un profane remarque est qu’il y a, du moins en apparence, une contradiction flagrante, inhérente au titre même de l’organisme : En effet, comment peut-on faire confiance en même temps au PLQ et au PQ, à Quebecor et à la CSN, aux grandes banques et au MEDAC  (Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires) fondé par Yves Michaud ?

Et pourtant ce sont toutes des organisations

Certes, on pourrait objecter que le titre de l’organisme fait allusion juste à la confiance à l’intérieur des organisations et non pas à la confiance du public dans les organisations. Pour dissiper cette ambigüité, regardons de plus près la mission de l’Institut : L’Institut est un organisme sans but lucratif dont la mission est de  ”contribuer au développement et à la promotion d’un climat de confiance dans les organisations et dans la société québécoise”.

Il me semble que l’ambigüité est levée.

La confiance ça se mérite, ça ne se fabrique pas … ou non ?

Mais encore, de quelle confiance parle-t-on ? Et puis en quoi un organisme de promotion de la confiance serait-il nécessaire pour créer un climat de confiance ?

En fait, si une organisation souhaite mériter la confiance de la population, il me semble qu’elle n’a qu’a être un bon citoyen corporatif et agir de façon honnête et transparente. La seule exception à cette règle serait le cas où elle ferait l’objet d’une attaque du genre ”character assasination”, cas très rare chez les organisations riches et bien établies, mais plutôt commun pour des individus et des petites organisations qui ont difficilement les moyens de se payer des avocats, des lobbyistes et autres consultants.

Au contraire, il me semble que si une organisation en moyens ressent le besoin de faire appel à des lobbyistes, à des agences de relations publiques, ou à d’autres institutions qui promettent de mousser leur crédibilité, c’est probablement signe qu’elle a de quoi à se reprocher au niveau éthique, tout en ne souhaitant pas changer ses manières.

Comment se finance cet Institut ?

En ces temps d’austérité, où toutes sortes d’organisations réellement utiles à la population (CPEs, universités, hôpitaux, etc.) se font couper drastiquement leurs budgets et se serrent la ceinture, comment peut un organisme à la mission pour le moins vague trouver les moyens d’organiser un sommet au centre-ville, auquel participe toute une belle brochette de personnages connus (le ministre libéral et ancien porte-parole policier Robert Poeti, le journaliste Jean-François Lepine, le président et chef de la direction de la firme de génie-conseil ROCHE Alex Brisson, etc.) ?

Certes, à coup de 775 $ par jour par participant (1550 $ pour les deux jours), on peut imaginer qu’une telle organisation peut s’autofinancer, mais encore faut-il qu’il y ait suffisamment de participants pour payer les salles, la publicité, les conférenciers, etc. Franchement, je ne connais pas grand monde qui a envie de payer 1550 $ pour entendre des conférences de cette nature, mais je ne suis peut-être pas dans le ”bon milieu”. Il y a aussi une autre hypothèse, pas nécessairement en contradiction avec la première, à l’effet que les participants n’y vont pas pour écouter des conférences, mais plutôt pour réseauter avec des ”gens importants”.

Par ailleurs, l’Institut semble aussi offrir des services aux entreprises, services tournant tous autour de concept de confiance, sans que l’on puisse avoir la moindre idée  des bénéfices tangibles des interventions proposées, des coûts, ou même de la durée requise pour chaque type d’intervention.

Et la transparence ?

Même si l’institut existe depuis environ trois ans et déclare être à but non lucratif, l’information en ligne disponible n’inclut pas le rapport annuel. On ne peut donc connaître ses sources de revenu, ni, si elle a des financiers, savoir qui ils sont.

Ceci en soi ne serait pas si grave si la mission déclarée de l’organisation avait été, par exemple, de faire du lobbying pour ses clients ou ses commanditaires, car personne ne s’attend à ce que des agences de lobbying corporatif soient transparentes.

Cependant, lorsque l’on se targue d’être un modèle en termes de confiance, il me semble que le premier ingrédient est la transparence, à moins que la confiance dont on parle est celle de ses clients ou de ses donateurs, et non pas celle du public en général, et ce, en contradiction avec la mission déclarée…

Une feuille de route de route de son fondateur, Me Donald Riendeau, qui porte à réfléchir

Dans le site web de l’Institut de la confiance des organisations, Me Donald Riendeau se présente ainsi (les caractères en gras sont les miens) :

Au cours des huit années ayant précédé la création de l’Institut, Me Riendeau a agi en tant qu’avocat et spécialiste dans les domaines de l’éthique et de la gouvernance. Il a accompagné présidents, directeurs généraux et conseils d’administration dans l’élaboration et la mise en place de stratégies de gouvernance et des cadres de gestion en matière d’éthique. Il a également occupé le poste de conseiller à l’éthique auprès de plusieurs organisations privées et publiques, dont la Commission de la Construction du Québec. Plus de 8 000 participants ont assisté à ses formations (Barreau du Québec, l’Ordre des CPA, l’Ordre des pharmaciens, l’Ordre des ingénieurs, la COMAQ, la FQM, l’AQESSS, l’IGOPP, etc.)

Et pourtant…

Le 8 février 2011 un article intitulé ”CCQ: un expert en éthique embauché sans appel d’offres” signé par le journaliste Fabrice de Pierreburg a paru dans la Presse. Ce article faisait état du fait que la Commission de la construction du Québec (CCQ) avait court-circuité ses propres règles d’allocation de contrats pour confier un mandat pour des «services-conseils en éthique et déontologie», facturés à l’heure, à Me Riendeau, pour un total de 90,126 $. Par ailleurs, les documents que le journaliste avait réussi à obtenir grâce à la loi d’accès à l’information avaient été largement caviardés, la CCQ invoquant entre autres la Charte des droits et libertés de la personne … rien de moins!

Un événement moins connu, mais encore plus parlant

Ce qui est moins connu est que, Me Riendeau a produit un rapport en 2010 à la demande de la présidente de l’OIQ de l’époque, Maud Cohen, aujourd’hui présidente et directrice générale de la Fondation St-Justine, et possiblement aussi pour le directeur général de l’OIQ, André Rainville,  aujourd’hui président de l’Association des ingénieurs-conseils du Québec. Ces deux personnages sont, entre autres, bien connus auprès de leurs consœurs et de leurs confrères pour avoir été les principaux instigateurs des règlements qui ont fait exploser le coût d’être ingénieur.

Le rapport de Me Riendeau fut notamment utilisé par ces deux dernières personnes dans le cadre de la guérilla juridique avec les fonds de l’organisation, et donc des membres, qu’ils instiguèrent contre les administrateurs qui défendaient les sains principes qui avaient assuré le bon fonctionnement de l’organisation pendant plusieurs années, dont, mais pas seulement, moi-même.

Son rapport fut notamment utilisé pour attaquer leur réputation et pour les éjecter du conseil d’administration de l’OIQ, à coups de centaines de milliers de dollars de frais d’avocats.

Une façon d’agir éthique pour un expert en éthique ?

En revenant à Me. Riendeau, ce qui est étonnant est que lorsqu’il a confectionné son rapport il n’a pas jugé opportun de recueillir le moindre témoignage ou point de vue des personnes qu’il condamnait sommairement comme étant, selon lui, en conflit de ”fonction et de mission”, et ce malgré le fait qu’ils sortaient de la salle du conseil à chaque fois qu’il y avait la moindre apparence de conflit d’intérêts !

Par ailleurs, lors de la présentation de son rapport au conseil d’administration il s’est présenté comme étant un expert indépendant, alors que son mandat, ainsi que sa rémunération, n’avaient jamais fait l’objet d’une résolution du conseil d’administration de l’OIQ.

La cerise sur le sundae

Aux dernières nouvelles, l’Association des ingénieurs conseils, désormais dirigée par le même André Rainville mentionné ci-haut, commandite le Sommet international de la confiance dans les organisations.