Élections OIQ: Un autre grand ménage s’impose !

Le 6 mai 2014, lors de l’assemblée générale extraordinaire (AGE) de l’Ordre des ingénieurs du Québec , sept résolutions ont été dument proposées et adoptées à grande majorité par les membres.  Le compte rendu de l’assemblée est disponible sur ce site, alors que le procès-verbal officiel est disponible sur le site de l’OIQ (pages 44 à 56).

Le 11 juin 2015 les membres réunis lors de l’assemblée générale annuelle (AGA) ont adopté à l’unanimité, entre autres,  une résolution exigeant que le président se porte garant du suivi adéquat des résolutions adoptées par les membres lors des assemblées générales régulières de 2010, 2011, 2012 et 2013. La résolution en question demandait aussi au président de convoquer une assemblée générale extraordinaire des membres au mois de septembre 2015 au cas où le conseil n’aurait pas été capable de statuer sur ces résolutions dans le délai prescrit, soit avant le 15 août 2015, ce qui n’a visiblement pas été fait.

Il y a lieu de remarquer que toutes ces résolutions visaient une plus grande transparence et une meilleure gouvernance de l’organismeautant au niveau financier qu’administratif, et qu’elles étaient toutes compatibles, voire favorisaient, la protection du public.

Que s’est il passé depuis ?

Depuis l’AGE du 6 mai 2014 les membres les plus en vue de l’establishment précédent, dont notamment les membres du comité exécutif et le directeur général d’alors, ont quitté l’organisation. Depuis, l’agenda du conseil a été monopolisé par le lobbying de joueurs qui profitent le plus du ”statu quo” (Office des professions, compagnies d’assurances, firmes d’avocats, lobbyistes, etc. ) et des luttes de pouvoir internes, comme il transparait si l’on lit avec un esprit le moindrement critique les bulletins aux membres. Cela fait que, à part la résolution # 7, aucune autre résolution de l’AGE n’a été sérieusement adressée ni encore moins satisfaite.

De plus, aucune communication de l’OIQ n’a fait référence au suivi des résolutions adoptées par les membres en 2010, 2011, 2012 et 2013, et ayant fait l’objet d’une résolution ”omnibus” lors de l’AGA de 2015 (page 95 et suivantes) alors qu’elles traitaient de questions véritablement cruciales pour la crédibilité de l’organisation (Identité des organismes qui appuient des candidatures, Budget, Recomptage, Assurance-responsabilité des administrateurs, Statut de retraitéDiffusion des contrats de l’Ordre, Diffusion des états financiers et du budget prévisionnel, Communication en regard de l’abolition des sections régionales de l’OIQ et de la création des comités régionaux, Vote électronique sur la question de la cotisation annuelle).

Évolution de la situation jusqu’à aujourd’hui

Il est indéniable que le président de juin 2014 à août 2015, Robert Sauvé, a énormément tergiversé sur tous les dossiers relatifs à ces résolutions, ce qui a donné le temps au président de l’Office des professions, Jean Paul Dutrisac, de s’ingérer de façon grossière dans la gestion de l’Ordre des ingénieurs afin de ”donner l’impression que tout change, pour que rien ne change”. Pour ce faire, il a fait rédiger un  rapport  ”accablant” sur l’OIQ (de son point de vue bien sûr) par deux de ses émissaires, Pierre Pilote et Yves Lamontagne, soit un avocat et un médecin sans la moindre compétence au niveau de la profession d’ingénieur, mais bien incrustés dans le petit clan des amis du pouvoir.

En août 2015, Jean-François Proulx a été élu président par ses collègues administrateurs suite à la démission surprise, en cours de mandat, de Robert Sauvé. On aurait pu penser qu’il aurait eu pour priorité d’implanter au plus vites les résolutions qu’il avait lui même ardemment proposées et défendues lors de l’assemblée générale extraordinaire, du temps où il n’était pas encore administrateur. Cependant, du moins pour l’instant, il n’en est rien.

Au delà des paroles, où est substance ? (”Where is the beef ?”)

Aujourd’hui,

  • presque deux ans après l’assemblée générale extraordinaire,
  • plus d’un an et demi après l’entrée en fonction des premiers administrateurs s’étant ouvertement engagés à implanter les résolutions de l’AGE,
  • neuf mois après l’assemblée générale annuelle de 2015 et l’entrée en fonction d’autres administrateurs s’étant eux aussi engagés à implanter les résolutions de l’AGE
  • six mois après l’entrée en fonction de Jean-François Proulx comme président de l’OIQ,

force est de constater que les dossiers mentionnés ci-haut ont avancé au pas de tortue et, dans certain cas, il y a même eu des reculs majeurs. En fait, Il n’est nullement nécessaire d’effectuer des recherches très poussées pour déterminer l’état d’avancement des dossiers, puisque l’Ordre l’a fait lui même. Dans le bulletin aux membres émis le 11 février 2016 intitulé ”Inscription annuelle : une cotisation prévisible et bien gérée” il y un un lien vers un document appelé ”Réalisations de votre Ordre en 2015-2016: quelques exemples”.

Voici les ”réalisations” dont l’Ordre se vante, et (entre parenthèses en rouge) mes commentaires :

  • Conclusion de plusieurs dossiers de corruption ou de collusion à haute visibilité. (Il était grand temps, mais il faut néanmoins mentionner que la plupart des condamnations ont concerné des fonctionnaires à la retraite ou sur le bord de la retraite. De plus, il y a eu récemment un cas qui a inexplicablement été traité de façon bien moins sévère que les cas précédents…Est-ce parce qu’il concernait un ancien vice-président de SNC-LAVALIN ?)
  • Développement et lancement d’un Guide de surveillance des travaux, un outil de référence intégré au Guide de pratique professionnelle. (C’est bien, mais est-ce que cela a requis beaucoup d’effort, est-ce que cela concerne un nombre significatif de membres et il y avait-il vraiment une urgence par rapport aux autres dossiers ?)
  • Modernisation de l’inspection professionnelle qui sera dorénavant axée sur la compétence de l’ingénieur (La question que l’on ne peut s’empêcher de se poser est: Elle était basée sur quoi avant, sinon sur la compétence ? De toute façon aucun détail n’a été rendu public.)
  • Lancement d’une nouvelle version de l’examen professionnel pour tenir compte de l’évolution de la profession et des attentes de la société envers les ingénieurs (Sans davantage de détails il est bien évidemment impossible de savoir de quoi il s’agit. Aucun détail n’a été rendu public.)
  • Participation à la consultation de la Régie du bâtiment du Québec en vue de réviser certaines des façons de faire de l’organisme pour améliorer la qualité de la construction et la sécurité du public (C’est bien, mais est-ce que cela a requis beaucoup d’effort, est-ce que cela concerne un nombre significatif de membres et il y avait-il vraiment urgence par rapport aux autres dossiers ?)
  • Participation au site LACOPROPRIETE.INFO pour mieux faire connaître le rôle des ingénieurs auprès des divers intervenants de la copropriété (promoteurs, administrateurs, copropriétaires, vendeurs et acheteurs) (C’est bien beau, mais est-ce que cela est vraiment pertinent à la mission de l’Ordre et surtout il y avait-il vraiment urgence ?)
  • Transformation de la gouvernance et des activités de protection du public de l’Ordre pour les rendre plus efficientes et transparentes (Sans davantage de détails il est impossible de déterminer s’il ne s’agit pas de mots creux. Encore une fois aucun détail n’a été rendu public. Il constitue donc un recul majeur par rapport à la transparence. 
  • Adoption d’un nouveau Code d’éthique et de déontologie des administrateurs de l’Ordre (Ce volet est clairement en contradiction avec la résolution#5 de l’AGE où il était notamment question de tenir des votes nominatifs au conseil d’administration et publier les procès-verbaux dans leur intégralité. Tout le code en question est digne d’un tribunal de l’Inquisition et devrait être jetés aux orties avec la plus grande force ! Les articles 4.3, 6.4 et 8.4 sont particulièrement ignobles, et seront commentés dans un billet à venir.)
  • Adoption d’une nouvelle politique sur les comités de l’Ordre, qui assure un meilleur arrimage entre les comités et le Conseil d’administration de l’Ordre (CA) (Le document en question, de nature purement interne et administrative, n’est pas d’intérêt pour le public ou même pour les membres ordinaires.)

Il faut éviter de reconduire au pouvoir tous ceux qui cherchent à se faire élire pour un autre mandat

La présence de nouveaux administrateurs se déclarant ”anti-système” au sein du conseil ne semble pas avoir changé significativement le ”modus operandi” de l’OIQ: l’influence nuisible de ce qui reste de l’ancien establishment et des émissaires de Dutrisac n’a été nullement été réduite, au contraire…  Que ce soit par passivité ou parce qu’ils s’accommodent très bien de la situation maintenant qu’ils font eux aussi partie de l’establishment, ces administrateurs tournent visiblement autour du pot. 

Du sang frais est donc définitivement encore requis au conseil pour que les choses commencent à bouger, et, pour ce faire, le mieux est de voter pour des personnes qui ne  siègent pas présentement au conseil.

Et l’expérience ?

Il n’y a pas de doute que de l’expérience positive au conseil est tout de même requise car des tout nouveaux administrateurs qui ne connaissent pas encore les rouages de l’organisation risquent de se faire emberlificoter par les différents joueurs déjà bien établis, qui tirent chacun la couverture de leur bord, mais qui ont néanmoins beaucoup d’intérêts communs, intérêts qui ne sont ni ceux du public ni ceux des membres.

Par conséquent, une ou deux personnes qui ont déjà siégè au conseil par le passé, mais qui n’y siègent pas présentement, et qui ont largement démontré hors de tout doute leur cohérence et leur rectitude, est définitivement souhaitable.

La dernière chose dont l’Ordre a besoin est d’administrateurs intimidables, qui s’alignent avec le vent, ou, pire encore, qui n’ont aucun problème à retourner leur veste en fonction de leurs ambitions personnelles.

Nous avons tous déjà assez souffert à cause d’eux !

 

 

 

 

 

 

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