Élections OIQ: les imprévus d’un déroulement étudié dans les moindres détails

Suite aux scandales dévoilés à la Commission Charbonneau, et suite aux attentes insatisfaites des membres qui attendent depuis deux ans que les résolutions pour lesquelles ils ont voté à l’Assemblée Générale Extraordinaire (AGE) du 6 mai 2014 soient implantées, la crédibilité de l’Ordre des ingénieurs du Québec, autant vis-à-vis du public que ses membres, est à un bas historique.

Au lieu de résoudre les problèmes pressants, les élus ont déployé leurs efforts à reformer de fond en comble le système électoral, système qui avait certes des défauts, mais qui fonctionnait relativement bien.

Cela démontre désormais hors de tout doute que les administrateurs actuels de l’OIQ  n’ont toujours pas les priorités à la bonne place.

Des surprises au tout début de la période électorale

L’ensemble de l’information concernant les élections, dont tout ce qui a trait aux nouvelles règles électorales, est disponible sur le site de l’OIQ. Il y a lieu de remarquer que:

  • le nouveau règlement électoral établissant que le nombre de signatures d’appui nécessaires pour pouvoir présenter sa candidature passe de cinq (5) à dix (10) pour les postes d’administrateurs et est maintenant était établi à trente (30) (!) pour le poste de président. Cette information a été divulguée juste quelque jours avant l’ouverture des candidatures.

Un avantage indu pour les administrateurs sortants

Étant donné que ces règles furent concoctées par le conseil d’administration plusieurs semaines avant leur publication, mais que l’information n’a été rendue publique qu’à la toute dernière minute, il est évident que les administrateurs sortants qui se représentent pour un nouveau mandat ont un avantage indu, puisqu’ils avaient connaissance des nouvelles règles depuis longtemps .

Par exemple, les candidats à la présidence qui siégeaient au conseil avaient la possibilité de contacter des signataires bien avant la période de mise en candidature afin de s’assurer de leur appui, alors que les candidats qui n’étaient pas dans le secret des dieux se sont retrouvés face à la nécessité de trouver les trente (30) signatures requises à la toute dernière minute. Il est d’ailleurs vraisemblable que plusieurs candidats potentiels se sont découragés devant l’énormité de la tache.

De nouvelles règles anti-démocratiques et répressives

Lorsque l’on lit attentivement les Directives relatives à la conduite de la campagne électorale 2016, ainsi que le nouveau Code d’éthique et de déontologie des administrateurs de l’Ordre des ingénieurs du Québec on comprend que les effets, et vraisemblablement aussi les buts de l’ensemble de l’opération, sont :

  • favoriser l’élection des membres du conseil déjà en place par le stratagème illustré ci-haut.

Le président actuel, Jean-François Proulx, malgré ses engagements, a démontré avoir des velléités de changement réel vraiment minimes. Ni lui, ni les autres qui siègent au comité exécutif, ni la grande majorité des administrateurs n’ont démontré vraiment avoir l’intention de menacer sérieusement  les privilèges des manipulateurs et des parasites qui rodent autour de l’OIQ (lobbyistes, firmes d’avocats, compagnies d’assurances, etc.), ou même juste remettre en question  les conditions d’emploi douillettes des cadres dirigeants. C’est la raison pour laquelle tout ce beau monde, ainsi que le président de l’Office des Professions, Jean-Paul Dutrisac, ont laissé faire, voire encouragé, l’introduction de ces règles.

  • donner des pouvoirs quasi-dictatoriaux au président. Dans la mesure où un quelconque candidat favorisé par l’establishment l’emporte, il est beaucoup plus facile pour les manipulateurs en arrière de composer avec un président disposant de pouvoirs disproportionnés car présent tout le temps, plutôt qu’avec un conseil représentatif, hétérogène et démocratique où un administrateur dissident habile peut réussir à bloquer une résolution qu’ils souhaitent voir adoptée.
  • acheter la loyauté au système du président en  lui offrant une rémunération extravagante (207,000 $ /an plus compensation en cas de non ré-élection après un premier mandat et compensation encore plus grande à la fin du deuxième mandat), à laquelle il n’aurait presque certainement pas accès en travaillant normalement, et ce, au frais des ingénieurs bien évidemment.

En fait, lorsque l’on se donne la peine de lire le rapport au sujet de l’Ordre des ingénieurs soumis au président de l’Office, Jean-Paul Dutrisac, par ses émissaires, l’avocat Pierre Pilote et le médecin Yves Lamontagne on constate que la recommandation#1 à la page 13 est justement à l’effet d’instaurer un président à temps plein payé 20,000 $ de plus que le directeur général.

Lorsque l’on lit les autres recommandations, dont beaucoup sont arbitraires et farfelues, on comprend que dans l’esprit de ces deux émissaires le rôle qu’ils voient pour le président de l’OIQ est d’être la courroie de transmission du président de l’Office et donc d’enfoncer dans la gorge des ingénieurs ses ”desideratas”, et ce, tout en sauvant les apparences,

  • empêcher toute critique vis-à-vis de l’organisation et faire obstacle à tout débat public entre candidats, en les empêchant de participer a toute démarche organisée par un tiers visant à faire connaitre aux ingénieurs leur position sur des questions électorales spécifiques. Voir les paragraphes 8 et 13 des ”Directives relatives à la conduite de la campagne électorale 2016”.
  • baîlloner les administrateurs dissidents, au cas ou quelques uns devaient malgré tout être élus. Voir les paragraphes 4.3 et 4.4 du nouveau Code d’éthique et de déontologie des administrateurs.

Le plan n’a pas tout à fait fonctionné …

Deux éléments imprévus sont venus perturber cette stratégie attentivement étudiée :

  • La candidate Kathy Baig, actuellement vice-présidente en titre et probablement la préférée du lot des candidats par les tireurs de ficelles, en raison de sa volonté manifeste de faire plaisir à l’Office des Professions comme présidente du  Comité de transformation, dont le mandat était mettre en œuvre les recommandations des émissaires de Jean-Paul Dutrisac, a dès le départ bafoué les règles électorales qu’elle même avait grandement participé à élaborer.

Cela a mis dans l’embarras la secrétaire, Me Jolicoeur, dont le rôle est, en théorie, de surveiller les activités des candidats et de s’assurer qu’ils respectent les règles. Pour la garder dans la course elle dû se resigner à se ridiculiser elle-même, en produisant une interprétation du règlement en contradiction avec le texte du règlement lui même !

  • Malgré tous les efforts déployés pour que juste des candidats à la présidence faisant partie de l’establishment se présentent, trois candidats additionnels ont réussi à amasser 30 signatures ou plus.

Pour ce qui est de deux candidats, Daniel Lebel, ancien président désavoué par les membres lors de l’assemblée générale de 2013 et ayant fait l’objet d’une procédure de destitution en 2014, et Guy Michel Lanthier, personnage marginal qui s’est fait connaitre à plusieurs assemblées générales pour avoir tenu des propos désobligeants et avoir présenté des résolutions que personne n’a voulu appuyer, il s’agit pour eux d’un moindre mal, puisque leurs chances de gagner sont extrêmement petites.  Le seul inconvénient de leur présence est qu’ils risquent d’attirer assez de votes pour fausser tous leurs calculs,

Pour ce qui est du troisième candidat non prévu, François P.Granger, c’est là que le bat blesse pour les tireurs de ficelles. En effet, son attachement à la cause des ingénieurs, mis rudement à l’épreuve pendant des années par des méthodes qui visaient clairement à le ruiner financièrement et émotivement, n’est plus à prouver: il n’a jamais flanché et il n’est définitivement pas quelqu’un d’achetable ou de malléable. De plus, il est connu et expérimenté,  et ses chances de gagner sont élevées.