Des projections qui varient au gré des besoins!

Suite aux résultats catastrophiques de la campagne de réinscription de 2013, où plusieurs milliers d’ingénieurs ont décidé de ne pas se réinscrire au tableau de l’Ordre, l’OIQ tient maintenant à montrer que l’hémorragie est terminée. Pour ce faire, il a mis en ligne, avant d’annoncer la cotisation supplémentaire de 90$, un graphique où l’on voit que le membership recommence à monter.

Décortiquons maintenant “l’information” présentée (les soulignés et les textes entre parenthèses sont les miens) :

  • Au dessus du graphique on lit la mention suivante: “Ce graphique présente les mouvements anticipés au tableau de l’ensemble des membres pour les prochaines années. La baisse en 2013-2014 s’explique principalement par les répercussions du Règlement sur la formation continue (radiations et retraits volontaires).” Il est indicatif que l’on tienne à souligner que le Règlement sur la formation continue serait le facteur principal derrière la baisse de 2013-2014, comme s’il s’agissait d’une fatalité qui aurait été impossible à prévoir. Dans les faits, ce règlement a été imposé par les mêmes qui mènent présentement à l’OIQ, et a été mis en vigueur sans faire le moindre effort pour minimiser l’impact financier sur les membres!
  • Le graphique lui même aurait été construit d’après des données historiques jusqu’en 2012-2013 et à partir de projections ensuite. Ce qui est bizarre est que l’Ordre avait déjà présenté des projections lors de l’assemblée générale de juin 2013, et les différences entre les deux scénarios est énorme! Jugez-en vous mêmes:
Année Projections Projections Différence Revenus additionnels
OIQ (juin 2013) Morneau-Sheppel (nov. 2013) non budgétés (à 310 $)
2013-2014 59614 ~ 61200 ~ 1600 ~ 0.50 M$
2014-2015 57214 ~ 62000 ~ 4800 ~ 1.50 M$
2015-2016 57314 ~ 63000 ~ 5700 ~ 1.75 M$
2016-2017 57414 ~ 64000 ~ 6600 ~ 2.05 M$

Si les prévisions de novembre 2013 sont correctes (et donc celles de juin 2013, sur lesquelles a été basé le budget 2013-2014 et le budget 2014-2015, fausses), il devrait il y avoir environ 5.8 M$ de revenus additionnels non-budgétés, dont environ 2 M$ encaissables avant le 30 avril 2014! Dans un tel contexte, et même sans couper dans le gras et même sans gérer enfin correctement les moyens considérables dont il dispose déjà, l’OIQ n’a certainement pas d’argument valable pour imposer une cotisation supplémentaire de 90$ dont le produit est à peu près le même (environ 5 M$) !

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que dans son communiqué du lendemain de l’assemblée générale l’Ordre avait clairement affirmé que l’augmentation de cotisation de 100 $ se justifiait pour 60 % par la diminution du nombre de membres, pour 15 %  pour financer l’indexation des “dépenses opérationnelles” et seulement pour 25% pour déployer des moyens supplémentaires pour mieux protéger le public, “identifier et proposer des solutions concrètes pour sortir de la crise” et “mettre en place des solutions durables” et, finalement, à “communiquer davantage et gérer la situation de manière transparente”.

Comment se fait-il alors que lorsque le nombre de membres diminue beaucoup moins que prévu le discours change et il y aurait urgence de lever une cotisation supplémentaire de 90 $ pour financer des activités de protection du public? Il y a visiblement quelque chose qui cloche!

  • Cela dit, il y a des fortes chances que les prévisions de novembre 2013 ne sont pas réalistes, non seulement parce que l’impact de la cotisation supplémentaire ne figure probablement pas dans les hypothèses ayant servi à élaborer les projections, mais aussi parce que la firme qui devrait jouer le rôle de garant indépendant, Morneau Shepnell, a l’air de vouloir se protéger outre mesure: Il n’y a qu’à lire attentivement le texte en petits caractères en dessous du graphique: L’Ordre a demandé à la firme d’actuaires Morneau Shepell d’effectuer une étude démographique des membres de l’Ordre des ingénieurs du Québec sur l’horizon 2013-2018. Les résultats de cette projection reposent sur les données historiques fournies par l’Ordre et sur des hypothèses (lesquelles? élaborées par qui? Mystère…Ils nous demandent manifestement un acte de foi sur la pertinence et la qualité des hypothèses formulées) qui reflètent les mouvements historiques qui ne sont pas nécessairement représentatifs de l’évolution future. (En d’autres mots, l’OIQ, ayant un sérieux déficit de crédibilité auprès de ses membres, a préféré déléguer à Morneau Shepell le rôle de donner de la crédibilité à la démarche. Cependant,  celle-ci met bien au clair qu’elle n’engage nullement sa responsabilité quant aux résultats présentés, ce qui bien évidemment vide totalement de son sens son intervention. Il n’empêche que cet exercice de “certification”  a certainement couté des milliers de dollars de nos cotisations). Ce rapport a été produit en respectant les méthodes actuarielles. Toutefois, il ne constitue pas un rapport actuariel au sens des normes actuarielles généralement reconnues. (Hmm…Morneau Shepell ne s’engage même pas à valider la méthode utilisée).

Il me semble qu’il y a deux conclusion à tirer de cette saga:

1) En posant encore un geste inconsidéré et irresponsable, soit l’imposition de la cotisation supplémentaire, les dirigeants actuels de l’OIQ aggravent une situation financière déjà passablement grave, qui n’est d’ailleurs pas étrangère à leur discutable capacité de gestionnaires,

2) En essayant en plus de démontrer que la situation est moins grave qu’elle ne l’est réellement, les dirigeants de l’OIQ se tirent dans le pied, car ils viennent de démontrer eux-mêmes que l’imposition d’une cotisation supplémentaire n’est pas justifiée!