Des lobbyistes s’agitent…

Depuis quelques jours le débat sur la collusion et la corruption a pris une drôle de tournure. D’abord il y a eu la lettre ouverte du 26 juin à la première ministre de Fréderic Sauriol, cousin des frères Sauriol, qui, avec un ton extrêmement alarmiste, affirmait que “La survie de Dessau est une question de jours“.

La réponse du gouvernement ne s’est pas faite attendre: Le lendemain arrivait réponse du ministre Lisée, à l’effet qu’il n’y aura pas d’amnistie. Fait étonnant d’ailleurs, puisque Lisée est ministre des relations internationales. Depuis, d’autres ministres, dont Stéphane Bedard. ont pris le courage à deux mains et se sont prononcés aussi, contrant ainsi la stratégie de relations publiques qui commençait à se dessiner.

La stratégie misérabiliste ayant eu visiblement peu de prise sur le gouvernement et la population, un autre discours a commencé à émerger. Il peut se résumer ainsi: l’éthique c’est bien, mais encore faut-il qu’elle soit subordonnée à l’économie. Le texte d’opinion signé par un certain Gaëtan Lafrance, professeur honoraire au Centre Énergie Matériaux Télécommunications de l’INRS, est celui qui est le plus explicite et le plus articulé. Il termine ainsi (le souligné est le mien): “La Loi 1 et l’AMF administrent une justice aveugle, expéditive, simpliste, populiste. Quand on veut laver plus blanc que blanc, il y a des dommages collatéraux qui peuvent être plus graves que le problème qui a déclenché l’opération. C’est toute la communauté de science et génie qui est concernée.”

Drôle de théorie. Très semblable à l’excuse avec laquelle le lobby des banquiers a réussi a obtenir plus de 800 milliards des contribuables américains, soi-disant pour sauver le “système financier” après la crise du papier commercial. En fait, il s’agissait surtout de sauver les emplois des “fat cats” au sommet de la pyramide qui se payaient des millions par année sans relation aucune avec les performances des banques qu’ils dirigeaient! Et on a vu les résultats: ils ont utilisé une bonne partie de l’argent reçu pour se payer des bonis faramineux! Le Québec, dans son petit, n’est pas nécessairement en reste, comme le prouve le tableau dans cet article qui mentionne explicitement que: “Chez SNC-Lavalin, la rémunération des dirigeants s’est accrue de 19% durant les trois exercices où son bénéfice net a fortement régressé et où ses actionnaires ont subi un rendement négatif de 16%“.

Par ailleurs, et en même temps, d’autres voix se sont levées pour réclamer le remboursement des sommes perçues en trop par les firmes de génie-conseil, surtout  du coté des ingénieurs du public et du para-public, mais étonnamment aussi de la part de certains financiers  (représentant néanmoins surtout des actionnaires minoritaires, et tout en faisant attention à poser des balises contraignantes) (!). Cette exigence semble d’ailleurs cheminer, car un journaliste influent comme Bernard Descoteaux a adopté la position que les firmes doivent “d’abord rembourser“.

La situation est présentement très fluide, mais certains éléments semblent se dégager:

  • Malgré les apparences, les autorités sont bien moins inflexibles qu’elles ne veuillent le faire croire. Par exemple, Dessau a été autorisée à garder tous les contrats en cours. Ce sera certainement aussi le cas pour SNC-Lavalin, qui est pressentie pour jouer un rôle majeur dans la réfection de l’échangeur Turcot.