Décoder l’éditorial du président Robert Sauvé

Le nouveau président de l’Ordre, Robert Sauvé vient de mettre en ligne son deuxième éditorial.

Analyse

Lors de la première lecture, je n’ai pas trouvé qu’il se distançait de façon trop marquée du style habituel plutôt vague et quelque peu bureaucratique de l’OIQ: Cependant, en lisant le texte attentivement une deuxième fois, j’ai décelé plusieurs éléments qui peuvent, je dis bien peuvent, être interprétés comme des messages discrets, et parfois même subliminaux, à l’effet que l’ère des présidents qui regardent leur sujets de haut en bas tourne à sa fin. En particulier:

  • il y a non pas une, mais deux admissions claires à l’effet que les choses ne tournent pas rond au niveau de la profession ainsi que de l’organisation elle-même,
  • Une reconnaissance du fait que le conseil d’administration doit écouter les membres.

Ces deux éléments sont d’autant plus importants que les présidents qui l’ont précédé, Maud Cohen, Daniel Lebel et Stéphane Bilodeau, se sont toujours bien gardés de faire la moindre admission de cette nature, et ce, malgré le fait que leurs décisions unilatérales étaient fortement contestées en conseil et surtout en assemblée générale. Certes, contrairement à ses prédécesseurs. Robert Sauvé ne porte pas une lourde responsabilité pour la situation actuelle, mais il n’en demeure pas moins qu’il doit bien savoir que des affirmations de cette nature, même présentées de façon diplomatique, font grincer des dents à différents lobbys, au président de l’Office des professions, à plusieurs administrateurs proches de l’ancien establishment, ainsi qu’à certains permanents haut placés.

Sans plus tarder, voici mon analyse (le texte en rouge met en relief les éléments qui ont attiré mon attention, alors que mes commentaires sont en vert):

VERS UN PLAN D’ACTIONS POUR RETROUVER NOTRE FIERTÉ

La présidence de l’Ordre des ingénieurs du Québec comporte d’importantes responsabilités et revêt des défis majeurs. Si le tourbillon que nous subissons depuis quelque temps ne rend pas les choses faciles, j’ai la conviction que nous en sortirons grandis. (Ça c’est un bon point. Il s’exprime de façon diplomatique, mais au moins il admet qu’il y a des problèmes. En effet, pour pouvoir guérir, encore faut-il admettre qu’on est malades et qu’on accepte de se faire soigner).

Au nom du Conseil d’administration, il me fait plaisir de m’adresser à vous aujourd’hui. Après trois mois à la présidence, je constate que le travail à accomplir est particulièrement stimulant (j’aime bien la litoteil comprend que la période de la lune de miel, les fameux premiers 100 jours d’un mandat, achève, et qu’il a besoin de plus de temps…d’autant plus qu’il a très peu de résultats concrets à annoncer). notamment par l’importance qu’il représente pour tous les ingénieurs, pour la profession et pour la société. (Au fond les hypothèses sont trois: 1. il veut juste gérer le statu quo, 2. il veut réaliser les reformes qui s’imposent, mais n’a pas encore réussi pas à imposer son leadership, 3. il veut réaliser les reformes qui s’imposent, mais il veut prendre son temps pour bien gérer la transition. La première hypothèse me parait improbable, car il sait que les attentes à son égard sont très élevées et que, de plus, gérer le statu quo le forcerait à défendre un bilan catastrophique dont il n’est même pas responsable. La différence entre la deuxième et la troisième hypothèse découle finalement du rapport de force qui existe entre ceux qui veulent faire les reformes et les tenants, internes et externes, du statu quo. Son influence est importante, mais il sait qu’il a besoin de beaucoup d’appuis s’il ne veut pas tomber dans le premier piège que les tenants du statu quo vont inévitablement lui tendre…)

Constat 1 : Des administrateurs mobilisés

Les nombreuses rencontres avec les administrateurs de l’Ordre, anciens et nouveaux, m’ont permis de mieux connaître et de mieux comprendre leurs valeurs, leurs forces, leurs visions, leurs intérêts et leurs perceptions. (point intéressant: il mentionne leurs intérêts. Il sait très bien, même s’il ne peut pas l’écrire,  que plusieurs administrateurs sont là non seulement pour veiller à leurs propres intérêts, mais aussi à ceux de ceux qui les ont pour ainsi dire “mandatés”. Il faut donc qu’il compose avec une situation complexe, où il faut qu’il use de diplomatie pour éviter que des conflits dus à des intérêts contradictoires explosent et affaiblissent sa position autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’organisation.)

Ces consultations m’ont confirmé que nous avons des administrateurs engagés, soucieux d’atteindre les objectifs et déterminés à moderniser notre Ordre. (Cette phrase en soi ne veut rien dire, puisque les objectifs ne sont pas définis et la “modernisation” correspond à ce qu’il a à l’esprit…et il ne le dit pas. Par contre, on peut toujours interpréter cette phrase comme une perception de sa part qu’il y aurait un engagement d’une majorité des administrateurs de ne pas lui mettre les bâtons dans les roues, du moins dans l’immédiat)  D’un commun accord, tous ont pris l’engagement de consacrer les efforts requis pour redonner à l’Ordre son leadership.

Tablant sur cette volonté de réussir, nous avons créé cinq comités : finances, gouvernance, affaires publiques, valorisation de la profession ainsi qu’un comité ad hoc pour assurer le suivi des propositions de l’Assemblée générale annuelle de juin dernier. Il est trop tôt pour faire état de leurs travaux. Nous aurons l’occasion d’y revenir dans de prochaines communications. (Il est étonnant qu’il parle juste de l’AGA du 12 juin 2014 et non pas de l’AGE du 6 mai 2014. Est-ce un flou artistique voulu, ou tout simplement un oubli? Il est certain qu’attaquer de front les sept (7) résolutions qui furent entérinées à forte majorité lors de l’AGE est hyper-urgent et important, et ce, encore plus que de s’occuper des résolutions qui n’ont pas pu être discutées lors de l’AGA)

Constat 2 : Soutien de l’Office des professions du Québec

Peu après l’Assemblée générale annuelle de juin, j’ai rencontré, avec d’autres membres du Conseil d’administration, Mme Stéphanie Vallée, ministre de la Justice et ministre responsable de l’application des lois professionnelles. Ensemble, nous avons convenu d’un accompagnement de l’Ordre par des professionnels chevronnés de l’Office des professions du Québec. Ainsi, nous procédons présentement avec eux à une analyse approfondie de notre situation et de nos processus afin d’optimiser nos façons de faire. (Il est clair que les politiciens sont nerveux. Cet “accompagnement” a tout l’air d’une première étape vers une tutelle. En effet, l’Office nomme déjà quatre (4) administrateurs qui siègent au conseil de l’ordre, sur vingt-quatre (24). Pourquoi envoyer d’autres personnes? Et puis, qui sont ces “professionnels chevronnés“? Quel sera leur rôle? Quels pouvoirs auront-ils? Bref, c’est celui-ci l’élément qui m’a convaincu de bien vouloir accorder plus de temps à Robert Sauvé pour qu’il réalise les reformes nécessaires…il est sous haute surveillance, et il n’a pas le choix que de marcher sur des œufs!)

Dans le cadre de cet accompagnement, tous les membres du Conseil d’administration suivront une formation de deux jours portant sur leurs rôles et responsabilités en lien avec le système professionnel québécois. Nous sommes convaincus que l’expérience et l’expertise de l’Office nous seront bénéfiques.

Constat 3 : Réflexion stratégique

Pour remplir sa mission, l’Ordre fait face à des enjeux opérationnels et à d’importants défis, principalement parce que nos moyens sont limités. (Est-ce que je comprend bien? Robert Sauvé affirme à mots voilés que l’OIQ doit vivre selon ses moyens? Rafraichissant…)

Ainsi, le Conseil d’administration procèdera prochainement à une réflexion stratégique pour identifier les enjeux et préciser ses priorités. Compte tenu de la situation et des pressions financières, une préoccupation coût/bénéfice sera au cœur des discussions. (Pour une fois, nous avons un président qui reconnait que la capacité de payer des ingénieurs n’est pas illimitée et qu’il faut faire des choix! L’attitude: “Il n’y a rien de trop beau” a visiblement fait son temps, et c’est tant mieux ainsi.)

Une fois complétée, cette réflexion stratégique conduira à l’élaboration d’un plan d’actions de concert avec le Comité exécutif, le Conseil d’administration et le Comité de direction de l’Ordre afin d’optimiser la contribution de l’Ordre à la profession.

Constat 4 : Une fierté à retrouver

Les récentes années ont eu un effet dévastateur sur le moral collectif des ingénieurs. Les membres du Conseil d’administration sont préoccupés par cette situation et ils sont déterminés à la faire changer. Tous souhaitent travailler pour que le titre d’ingénieur continue à se porter fièrement et qu’il représente toujours un idéal à atteindre pour la relève. (Ce rappel à l’effet que les choses vont mal est très puissant, autant par le mot choisi, “dévastateur“, que par le fait qu’il revient sur le même concept pour une deuxième fois.)

L’objectif peut sembler ambitieux, mais je suis convaincu qu’il est atteignable, si tous ensemble nous travaillons en nous serrant les coudes afin de contribuer, à la mesure de nos moyens, à rétablir le lien de confiance qui doit exister entre la profession et le public. (Cet appel à la solidarité, justifié dans les circonstances, me semble indirectement aussi un appel à tous les ingénieurs, et non pas juste les administrateurs, à le soutenir dans ses démarches. En échange, il me semble qu’il sous-entend que le coût d’être ingénieur sera contrôlé en ce qui a trait à la cotisation, et réduit en ce qui a trait aux règlements, ou je me trompe? ). S’il y a une certitude, c’est que nous avons, individuellement et collectivement, une obligation de résultat pour que la profession retrouve la fierté qui l’a toujours animée. (Robert Sauvé sait qu’il a une “obligation de résultat” surtout pour lui-même, d’autant plus qu’il sait que les membres, la population, les politiciens, les différents lobbys et les permanents haut placés ont tous des attentes à son égard, et ces attentes sont contradictoires! Cependant, il me semble qu’il identifie correctement l’appui des membres et l’appui de la population comme les appuis les plus importants. Heureusement, les attentes de ces deux entités sont parfaitement compatibles: rendre l’organisation moins arrogante et moins avide d’une part, éjecter les pommes pourries le plus rapidement possible d’autre part. Il peut certainement encore tirer sont épingle du jeu, dans le temps dont il dispose, s’il agit vite et bien. Dans la mesure où il le fait, il mérite notre appui.)

Conclusion

En conclusion, sommes nous à l’orée d’une nouvelle ère pour notre organisation quasi-centenaire? Je voudrais tellement le croire, et je suis convaincu que je ne suis pas le seul!

Un mot de prudence cependant: Il y a un an le ReseauIQ semblait se diriger de nouveau sur le bon chemin. Nous savons tous ce qu’il en est advenu...

Heureusement le ReseauIQ n’a pas de pouvoirs contraignants, et la solution consiste à l’ignorer tout simplement. Cependant, si la même chose devait se produire pour l’Ordre, l’exode de membres qui a présentement ralenti, reprendrait de plus belle, et ni la profession, ni l’ordre lui-même, pourraient s’en relever pendant de nombreuses années.