Attirer plutôt que contraindre

L’OIQ fait face au problème suivant: Il ne peut imposer son autorité qu’à ceux qui posent des actes réservés selon la loi des ingénieurs . Or, s’il est vrai que ces actes réservés couvraient la majorité des actes que les ingénieurs posaient lorsque la loi actuelle a été écrite (il y a environ 40 ans), aujourd’hui, en raison de l’introduction de nouvelles technologies et de la multiplication des domaines de pratique, relativement peu de diplômés en génie (ingénieurs et non) en posent vraiment.

“Modernisation” de la loi

C’est pour cette raison que l’OIQ cherché à “moderniser” la loi depuis au moins vingt ans. En fait, plusieurs présidents se sont cassés les dents là-dessus; ce qui ne les a néanmoins nullement empêchés de prétexter, à chaque fois qu’ils étaient en élection, que sans eux à la présidence il aurait été impossible de faire passer la nouvelle loi….

Dans les faits, les politiciens ont d’autres priorités que de faire plaisir à l’OIQ, d’autant plus qu’il y a d’autres lobbys qui ne veulent rien savoir, dont d’autres ordres professionnels, la plupart de l’industrie, et même d’autres professionnels sans un ordre (informaticiens, physiciens, mathématiciens, etc.).

Après avoir longtemps attendu que la loi soit changée, l’OIQ a décidé au cours des dernières années d’ignorer cette réalité et faire comme si la loi avait déjà changée à son goût (ou mieux au goût de ceux qui le dirigeaient), avec les conséquences désastreuses que l’on sait: Radiations, non-renouvellements massifs, assemblées générales houleuses, crédibilité en chute libre, litiges interminables, critiques dans les médias, etc.

Le début de la rémission?

Admettre que l’on est sur la mauvaise voie annonce souvent le début de la rémission. Toute la question consiste maintenant à savoir si le nouveau conseil d’administration (CA) a finalement compris que poursuivre les politiques actuelles mène à la disparition de la pertinence de l’organisation.

J’espère.qu’ils l’ont compris.

Cependant, encore faut-il qu’ils effectuent le bon diagnostic, suivi de décisions cohérentes permettant de soigner le malade, tout en évitant de le tuer…

Constatations

Voici quelques constatations pour alimenter la réflexion des administrateurs:

  • Avant de se séparer des quelques milliers de dollars annuels que l’inscription à l’OIQ comporte, la majorité des diplômés en génie, font désormais une analyse coût/bénéfice. Il faut donc les attirer plutôt qu’essayer de les contraindre.
  • Personne d’en dehors de la profession ne viendra au secours de l’organisation, de façon sincère et sans demander à l’avance de quoi en retour. Les seuls qui seront éventuellement prêts à aider l’OIQ à regagner sa pertinence de façon désintéressée ce sont ses membres, et, pour cela, il faut qu’ils soient contents et fiers de faire partie de la communauté.
  • La fuite en avant, consistant à essayer d’élargir les activités à des domaines qui ne sont nullement de son ressort et dans sa mission, (“promotion” de la profession par la publicité télévisuelle et autre, création d’image pour aspirants politiciens, offre de services commerciaux, procédures juridiques visant à faire taire toute voie dissidente, etc.) est la parfaite recette pour un échec et il est excessivement urgent de faire marche arrière là-dessus.

Solution

Toutes ces constatations ont néanmoins une solution théoriquement simple et intuitive:

Baisser le coût d’être ingénieur

et

améliorer les bénéfices d’être membre de l’OIQ.

Le premier volet de cette proposition peut être réalisé, entre autres, en mettant en œuvre les résolutions 1, 2, et 3  adoptées par l’AGE le plus rapidement possible, et en réfléchissant deux fois, voire dix fois, avant de mettre en oeuvre des trouvailles saugrenues comme imposer des cotisations supplémentaires….

Améliorer les bénéfices, par contre, est plus facile à dire qu’à faire à court terme, car le public n’oubliera pas de sitôt les révélations à la commission Charbonneau, Cependant, l’OIQ dispose encore de quelques atouts:

  • Le code de déontologie, si appliqué par tous ses membres non seulement dans la lettre, mais aussi dans l’esprit,  est un gage pour rétablir la crédibilité de toute la profession et de chaque ingénieur individuellement. La condition “sine qua non” pour que cela se réalise est que le bureau du syndic accélère le traitement des plaintes et aboutisse finalement à des résultats probants avec des radiations pour les cas les plus graves. Par ailleurs, il me semble que le CA devrait, une fois le traitement des urgences terminées, revoir le code de déontologie pour y enlever toute ambigüité, ainsi pour introduire des articles mentionnant explicitement la corruption, la collusion et le financement illégal des partis politiques.
  • Un budget de 25 M$, qui, si utilisé à son juste escient, est largement suffisant pour accomplir la mission de protection du public proprement dite (discipline, compétence, admission et répression de la pratique illégale). Bien sûr, l’assainissement suppose une restructuration majeure de l’organisation afin d’investir les ressources humaines et financières dans les vraies priorités.
  • La vitalité renouvelée dans la communauté, visible partout dans les réseaux sociaux, est propice à la génération d’idées nouvelles, et a surtout le potentiel de ressouder les liens entre ingénieurs œuvrant dans différentes spécialités et régions géographiques. Cette  vitalité est néanmoins encore très fragile, car les membres sont présentement en mode d’attente: en effet l’ordre semble avoir, pour l’instant du moins, arrêté d’appliquer la politique répressive de toute voix dissidente en vigueur jusqu’à il y a peu de temps, mais les preuves qu’il ait désormais adopté une attitude d’ouverture ne sont toujours pas  là. Et pourtant, si cette vitalité est acceptée, voire même encouragée, le soutien des membres reviendra et la ré-acquisition de la pertinence de l’organisation auprès du public sera ensuite bien moins difficile à atteindre.

Et la refonte de la loi?

Pour l’instant il me semble que pousser auprès des députés pour qu’un nouveau projet de loi sur les ingénieurs soit déposé ne fait vraiment pas partie des priorités, et pourrait même se révéler une démarche contre-productive, d’autant plus que l’OIQ est actuellement en position de faiblesse: Passablement remis en cause à la commission Charbonneau, en dispute avec d’important joueurs de l’industrie, la marge de négociation de l’Ordre est désormais extrêmement limitée.

Mieux vaux attendre, ressouder la communauté et revenir à la charge après avoir avoir effectué une vaste consultation auprès des membres et avoir réacquis de la crédibilité auprès du public.

Entre temps, l’OIQ a assez d’urgences véritables à gérer.