Anonymous pirate le site de l’Association des firmes de génie-conseil

C’est la nouvelle que le Journal de Montréal a rapportée aujourd’hui 17 août 2016. Il s’agit d’un geste illégal bien sûr, qui frappe  indirectement, mais aussi brutalement, les ingénieurs honnêtes qui travaillent pour les firmes membres de l’Association des firmes de Génie conseil (AFG). Ils ne méritent pas cela et il est urgent de défendre leur réputation sur toutes les tribunes.

Pour ce qui est de l’infime minorité de détenteurs du titre qui, en finançant illégalement des politiciens avides et sans scrupules, ou en regardant ailleurs lorsqu’ils étaient au courant de tels gestes dans leur firme, ont rendu l’AFG une cible d’Anonymous, et bien, ils se sortent malheureusement plutôt bien de cette dernière évolution  du dossier.

En fait, peut-être sans le vouloir, Anonymous a fait l’amalgame entre certains dirigeants des firmes de génie-conseil, les firmes elles-mêmes et tous les ingénieurs. Ce faisant il a  reparti de façon très large la responsabilité de tout ce qui a été dévoilé à la commission Charbonneau, tout en perdant de vue le fait qu’il n’y a pas de corrupteur sans corrompu. Cela a pour conséquence pratique de mettre en sourdine le rôle majeur des politiciens dans ce scandale, et passe aussi sous silence le rôle joué par de nombreux autres ”professionnels”,  tels des organisateurs électoraux, des lobbyistes et possiblement aussi certains avocats et certains comptables, sans lesquels les stratagèmes dévoilés à la commission n’auraient pas été possibles.

André Rainville est resté fidèle à lui-même

Suite à cette attaque, André Rainville, PDG de l’AFG et ancien directeur général de l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ), affirme le plus sérieusement du monde dans son blogue que les solutions pour rétablir la confiance vis-à-vis des firmes de génie-conseil sont déjà en place (ou le seront bientôt) et que le geste d’Anonymous découlerait du cynisme de la population envers les entreprises.

Il fait notamment grand cas du programme de remboursement volontaire (PRV) du gouvernement du Québec, auquel trois (3) firmes (!) auraient adhéré à ce jour…Or, le programme lui-même comporte de nombreuses dispositions obscures (12 et 46 notamment) qui  font que la population ne saura vraisemblablement jamais les noms des vraies personnes coupables (du moins celles que l’on ne connaît pas déjà).

Par ailleurs, l’AFG n’a jamais jugé opportun de présenter des excuses officielles à la population et aux ingénieurs pour les gestes posés par certains dirigeants de ses firmes membres, dont plusieurs ont d’ailleurs siégé sur son conseil du temps où elle s’appelait AICQ.

Enfin, toujours sous la direction d’André Rainville, l’AFG s’est aussi bien gardée d’émettre la moindre critique vis-à-vis des politiciens et autres ”professionnels” impliqués dans les scandales, et n’a jamais donné d’estimations concrètes de l’impact des ”solutions” dont elle fait la promotion.

Le PDG a bien beau de parler de ”changements à la haute direction, obtention de l’autorisation de l’Autorité des marchés financiers (AMF), révision des règles de gouvernance, implantation de codes d’éthiques, formations, collaboration aux enquêtes, lignes de dénonciation, etc.”, mais auprès de la population, et des ingénieurs qui ne sont pas dans le secret des Dieux, les questions suivantes demeurent sans réponse :

  • Combien d’argent le gouvernement du Québec et les agences publiques peuvent raisonnablement espérer récupérer dans le cadre du programme ?
  • Quelles méthodes de calcul seront utilisées par les firmes qui se prévaudront du programme pour rédiger les propositions dans le cadre des  ”négociations” ?
  • Est-ce que lors des ”négociations” les firmes qui se prévaudront du programme  laisseront juste les actionnaires et les dirigeants prendre les décisions, ou consulteront-elles toutes les parties prenantes, à commencer par leurs employés ?
  • Est-ce que les firmes ayant conclu une entente avec le gouvernement dans le cadre du programme essaieront ensuite de récupérer les montants versés en poursuivant leurs anciens (et possiblement présents) dirigeants, en sachant que si les impacts financiers s’arrêtent aux firmes, ceux-ci risquent d’avoir un impact majeur sur la sécurité d’emploi de leurs employés ?
  • Comment l’AFG œuvre-t-elle pour s’assurer que personne dans son conseil n’a de squelette dans son armoire ? Concrètement est-ce que des vérifications sérieuses sont faites avant de les accepter comme administrateurs ?

Tant que ces questions n’auront pas de réponses satisfaisantes le ”cynisme de la population” risque de demeurer longtemps…