Assemblée proprement dite – un virage dans la mauvaise direction

Après l’activité pre-AGA, biaisée et chère, l’assemblée générale proprement dite a eu lieu.

L’appel à l’unité du président

Au début de l’assemblée générale le président Robert Sauvé a prononcé un discours fort ambigu, insistant sur l’unité de la profession d’une part (‘Les défis qui nous attendent sont nombreux. Le principal enjeu auquel est présentement confronté l’Ordre résulte non seulement du virage à effectuer, mais aussi de sa capacité d’y faire adhérer tous les individus ou organismes qui interagissent avec lui. Nous devons être solidaires. Une telle solidarité viendra réduire les risques de confrontation et de désengagement envers l’Ordre.’‘), et reprochant à des individus non-identifiés de critiquer et de nuire à l’Ordre d’autre part (Nous devons cesser de critiquer, sans réserve, sans nuance, souvent à tort l’Ordre des ingénieurs du Québec. (…) Nous devons soutenir le Conseil d’administration et la direction qui tentent de prendre, je vous l’assure, les meilleures décisions pour remplir leur mandat.”).

Après avoir mentionné rapidement les résolutions adoptées à grande majorité lors de l’assemblée générale extraordinaire, pour lesquelles son langage verbal et non verbal visait clairement à en minimiser l’importance et à diminuer les attentes de membres, il a monté en épingle les recommandations inscrites dans le rapport des émissaires du président de l’Office, Pierre Pilote et Yves Lamontagne, en s’engageant de plus à les mettre en application le plus rapidement possible par le biais d’un ”comité de transformation”.

Or, puisque bon nombre de ces demandes sont en parfaite contradiction avec les résolutions de l’AGE, notamment en ce qui a trait à la transparence et la gouvernance, on peut en déduire que ce que le président Robert Sauvé essaye de concilier la chèvre et le chou, en sachant que:

  • le président de l’Office des professions, Jean-Paul Dutrisac, n’a nullement intention de relâcher la pression sur lui,
  • il  a besoin du soutien des membres, ou du moins de leur neutralité, afin de ne pas quitter son poste dans un an avec une réputation massacrée, comme cela a été le cas pour ses prédécesseurs Daniel Lebel et Stéphane Bilodeau,

Il s’y prend néanmoins d’une drôle de façon: En demandant aux ingénieurs l’équivalent d’un chèque en blanc et en s’attaquant en même temps à ceux qui ”critiquent l’Ordre”, il aggrave les blessures et les fissures dans le membership et repousse ceux qui sont le plus en mesure de l’aider. Il ne semble pas avoir encore compris que le temps de la procrastination et des beaux discours creux est bel et bien fini et qu’un autre exode massif suivra si rien n’est fait pour régler les problèmes identifiés par les membres eux-mêmes lors de l’AGE du 6 mai 2014 et des autres assemblées.

Une augmentation de cotisation approuvée à forte majorité

Grâce entre autres aux interventions visibles et non-visibles de leaders de la profession et malgré les souhaits de l’ancien président Daniel Lebel qui avait invité les ingénieurs à ‘faire pression en faveur d’une hausse substantielle des cotisations”, alors qu’il n’a même pas eu la décence de se présenter à l’assemblée, les ingénieurs présents dans la salle ont approuvé à 80% la proposition du conseil d’administration d’augmenter la cotisation de 15 $ (avant taxes et autres frais),

Cette proposition était raisonnable en considérant que lors des assemblées des deux dernières années les augmentations démesurées de cotisation demandées avaient été refusées par l’assemblée générale, ce qui fait qu’un léger rattrapage  par rapport à l’inflation (un peu moins de 5%) était justifié. En d’autres mots, l’année prochaine le montant à payer sera, en termes réels, grosso modo stable par rapport à il y a deux ans.

Pour ce qui est de la cotisation extraordinaire de 90 $ chargée unilatéralement par l’ancien establishment en 2014, personne n’a soulevé la question puisqu’il était évident pour tous les présents que cet argent avait déjà été gaspillé par les prédécesseurs des dirigeants actuels (incluant Daniel Lebel) sur des activités n’ayant strictement rien à voir avec la mission de protection du public.

Des résolutions des membres sensées adoptées unanimement ou majoritairement

Toutes les résolutions des membres, dont le libellé est disponible dans le cahier de travail de la page 84 à la page 122, on été entérinées par les membres présents à l’exception de la résolution ”10.6Abandon de toute démarche judiciaire contre l’ingénieur Yves Gilbert” qui a fait l’objet d’un dépôt avec l’assentiment du proposeur Yves Chartier, et les résolutions 10.12 à 10.16 qui ont été retirées faute de temps pour les traiter, encore une fois avec l’assentiment du proposeur Martin Benoit Gagnon (qui aurait néanmoins été bien mal placé pour s’y opposer).

La résolution ”10.8 – Suivi des résolutions adoptées par les membres lors des assemblées générales régulières de 2010, 2011, 2012 et 2013” a par ailleurs été approuvée à l’unanimité par les membres présents. Elle comporte des responsables spécifiques pour le président et les administrateurs, ainsi que des échéances claires, dont:

  • réunion extraordinaire du conseil d’administration avant le 1er juillet 2015, afin de statuer sur ces résolutions en attente depuis des années (et justifier les décisions avec des arguments concrets et sensés).
  • effectuer tous les suivis demandés dans ces résolutions de façon complète et définitive avant le 1er août 2015,
  • communiquer de l’Ordre les décisions claires du conseil sur toutes ces résolutions avant le 15 août 2015,
  • si le conseil n’aura pas été capable de statuer sur ces résolutions avant le président est sensé convoquer une réunion extraordinaire au cours du mois de septembre 2015.

On verra bien si, contrairement aux habitudes, ces demandes des membres seront réellement traitées sérieusement et de façon satisfaisante dans le délais requis !

Certains employés de l’OIQ font fi de leur obligation de discrétion

Certains comportements inquiétants ont été observés au cours de l’assemblée:

  • Certains employés non-ingénieurs qui applaudissaient frénétiquement lors de certaines interventions, notamment lors d’interventions désobligeantes vis-à-vis des ingénieurs qui remettent en question des gestes posés par l’Ordre.
  • Un employé ingénieur qui a carrément eu une attitude arrogante lors de ses interventions et qui a pris à partie un membre en marge de l’assemblée en levant son ton de voix.

Même si ces employés représentent une infime minorité de la permanence de l’OIQ, ile entachent sérieusement l’image de l’organisation auprès des membres.

Les ”spin doctors” à l’œuvre

Le lendemain de l’assemblée, le 12 juin 2015 l’OIQ a émis un communiqué aux membres appelé ”L’Assemblée générale annuelle 2015 en bref”. La phrase suivante, glissée au milieu du texte, parait anodine mais en fait elle a été attentivement rédigée de façon à banaliser le résultat du vote sur les résolutions (les caractères en gras et souligné sont les miens):

En ce qui concerne les propositions écrites soumises par des membres, et à l’exception de celles ayant été retirées par leurs proposeur (propositions 10.12 à 10.16), elles ont toutes été reçues pour analyse par le Conseil d’administration de l’Ordre avant même leur adoption par l’Assemblée.

Ça veut dire quoi reçues pour analyse ? Les précédents sont extrêmement inquiétants étant donné que  les ”analyses” sur des résolutions dûment adoptées par les assemblées générales de 2010, 2011, 2012, 2013 et 2014 n’ont pas abouti ou ont abouti en queue de poisson, laissant des problématiques faciles à régler à l’époque continuer à s’accumuler.

La deuxième expression soulignée est encore plus pernicieuse car on met sur le même plan des résolutions adoptées par l’assemblée, avec toute la légitimité qui s’en suit, avec des résolutions encore non-discutées et qui auraient pu être rejetées par l’assemblée. Cela montre l’importance que l’Ordre donne à la volonté des membres.

Cette impression sera  d’ailleurs confirmée quelques jours après à la lumière du communiqué du président du 18 juin 2015, intitulé ”Poursuivons ensemble notre virage”, où les demandes de l’Office sont devenues les seules prioritaires et les résolutions de l’AGE  complètement ignorées.

Un transformation nécessaire

Une véritable transformation de l’OIQ est effectivement nécessaire, mais certainement pas celle dont a été chargé le ”comité de transformation”. Les reformes requises pour atteindre l’objectif de ré-acquérir de la pertinence et crédibilité commencent par les éléments suivants:

  • Instaurer une culture d’écoute véritable vis-à-vis des membres et arrêter de tergiverser sur les reformes réellement nécessaires pour ré-acquérir la confiance des membres, condition préalable pour la ré-acquérir auprès du public. Pour ce faire, il suffit tout simplement de mettre en application les différentes résolutions adoptées par les assemblées générales, dont, dit entre parenthèses, aucune n’est en contradiction avec la mission de protection du public et la plupart la favorisent même.
  • Ne pas se laisser distraire, perturber ou intimider par les agitations, gesticulations et autres simagrées de celui qui occupe présentement le poste de président de l’Office des Professions, Jean Paul Dutrisac. Tant que l’OIQ ne sera pas officiellement sous tutelle cet individu, qui a visiblement un agenda, peut mettre les bâtons dans les roues, mais ne peut obliger l’Ordre à faire quoi que ce soit. Par ailleurs, s’il devait réussir à convaincre le gouvernement à mettre l’Ordre sous tutelle, il se retrouverait dans une situation où il serait obligé de gérer lui même l’organisme au jour le jour, avec les conséquences catastrophiques au niveau politique que l’on peut imaginer. Il n’y a donc aucune raison pour ne pas appeler son bluff.
  • Couper le cordon ombilical avec les nombreuses firmes d’avocats qui drainent des ressources financières considérables et prolongent inutilement des situations qui pourraient être réglées facilement par la négociation et le bon sens. Ces ressources pourraient d’ailleurs être utilisées à bien meilleur escient pour renforcer les compétences à l’interne en matière de protection du public.